Les 50 ans du Festival d'Annecy !

L'anniversaire du festival international du film d'animation d'Annecy suscite l'envie de lire et relire l'analyse de Jean-Pierre Pagliano autour d'un film aérien d'un maître de l'animation française : Le Voleur de paratonnerres de Paul Grimault, Grand Prix du dessin animée à la Biennale de Venise en 1948.
Les toits de Paris s'animent la nuit d'une drôle de façon. Leur vie secrète doit peut-être autant à l'atmosphère clandestine de l'Occupation qu'à la vision poétique et cocasse de Paul Grimault. L'étude que voici précise la genèse du court métrage Le Voleur de paratonnerres (1945), analyse son esthétique et le relie aux autres œuvres du maître français de l'animation...
Genèse du film
Le voleur de paratonnerres est un dessin animé en couleur de dix minutes qui a été réalisé en 1944 par Paul Grimault dans le cadre du studio Les Gémeaux, qu'il avait fondé en 1936 avec André Sarrut et dont il était le directeur artistique. Le studio ne produisait alors que des courts métrages mais commençait à envisager un dessin animé de long métrage, genre encore inédit en France. C'est seulement en 1945 que Grimault dessinera ses premières esquisses pour La Bergère et le ramoneur, tout en travaillant à d'autres films courts.
Le scénario
Dans son autobiographie graphique Traits de mémoire (p.109-111), Paul Grimault fournit quelques indications sur la naissance du Voleur de paratonnerres. Avec son ami le scénariste Jean Aurenche, Grimault s'est installé à la campagne, dans un hôtel du Loiret, pour écrire L'épouvantail, un "dessin animé champêtre". Mais ils notent aussi - nostalgie de Paris ? - les premiers gags qui leur viennent pour le film suivant, Le Voleur de paratonnerres, dont le cadre sera totalement urbain.
C'étaient vraiment mes deux premiers films commencés et terminés normalement. Un travail professionnel avec un scénario bien construit, un découpage très précis.Cette rigueur doit beaucoup à un troisième compère, Maurice Blondeau, venu les rejoindre
pour mettre un peu d'ordre dans toutes ces idées, pour construire solidement les situations. […] C'était un utile collaborateur, un théoricien de l'art dramatique, un maniaque de la construction. Jean Aurenche, en revanche, brillait surtout par sa fantaisie et sa passion juvénile pour les gags. L'amitié d'Aurenche et de Grimault durera toute leur vie mais Le Voleur de paratonnerres sera leur dernière collaboration. Un autre grand ami prendra bientôt la relève : Jacques Prévert.
Les repérages
Le Voleur de paratonnerres est traité comme un film de prises de vues directes, écrit Georges Franju dans L'illustré n° 45, en 1952.
Le scénario y est découpé selon le rythme de la narration sans que rien ne soit escamoté […], les angles du décor ont été étudiés, j'allais dire repérés…Franju aurait effectivement pu écrire
repérés, car Paul Grimault, pour Le Voleur de paratonnerres, s'est livré à de véritables repérages, ainsi que le font les cinéastes de vues réelles mais avec ses moyens de graphiste. Il a passé de longues heures à dessiner les toits de Paris sous différents angles. Pour qui douterait que le décor du film est bien parisien, dans l'une au moins des études au fusain réalisées par Grimault figure la tour Eiffel à l'arrière-plan du paysage.
Une fantaisie nocturne
Au début du film, une affiche proclame :
Propriétaires, attention au voleur de paratonnerres. Sur cet avertissement se profile l'ombre d'une double silhouette : les deux policiers jumeaux qui suivent la piste du redoutable monte-en-l'air. Ainsi, dès le premier plan, sommes-nous avertis qu'un malfaiteur spécialisé dans le vol de paratonnerres sévit dans la ville et que la police est sur les dents. Toute la suite se déroule, au cours de la nuit, sur les toits de Paris, où nous découvrons l'auteur des méfaits, un tout jeune garçon blond, et son unique complice, un petit chien attaché au pied d'un paratonnerre. Plus facétieux qu'inquiétant (bien qu'on ne sache d'où il vient),
le voleurne semble pas avoir d'autres motivations que l'exercice et le jeu : les paratonnerres lui servent de perche pour sauter d'un immeuble à un autre, de passerelle et de balancier pour gagner, tel un funambule, le toit opposé. L'action du court métrage se résume à une course-poursuite, un chassé-croisé, une partie de cache-cache - le jeu bien connu du gendarme et du voleur. Toute la sympathie du spectateur va bien sûr au voleur, véritable titi parisien espiègle et impertinent.
La suite du texte ici
Bibliographie
Paul Grimault, Jean-Pierre Pagliano, L'Herminier, 1986
Traits de mémoire, Paul Grimault, Seuil, 1991
Paul Grimault, artisan de l'imaginaire, Catalogue de l'exposition, Mission pour l'aménagement du Palais de Tokyo, 1991
En écho
Le site internet officiel des films Paul Grimault
Paul Grimault : une petite biographie, par Jean-Pierre Pagliano
L'actualité de Jean-Pierre Pagliano
L'animation parisienne
Jean-Pierre Pagliano est historien du cinéma et du film d'animation. Enseignant, producteur à France Culture (1981-1993), Pagliano collabore aux revues Positif, Jeune cinéma et CinémAction. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment sur Paul Grimault (L'Herminier, 1986 ; Dreamland, 1996).
Par Forum des images | mercredi 2 juin 2010 à 11:22 | Paris au cinéma
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Commentaires
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